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Murol

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MUROL EN AUVERGNE.
(Du dimanche 22 au dimanche 29 avril 2018).

À l’origine, certains se voyaient attablés autour d’un baeckeofe et d’une bouteille de riesling, d’autres, plus frileux, imaginaient déguster une paella ou une bouillabaisse avec un rosé de Cassis sous le soleil de la Méditerranée, mais c’est au pays des tripoux et de la truffade (attention, rien à voir avec ce délicat tubercule que l’on déterre sous les chênes et noisetiers de nos régions) que notre ami Bruno nous a entraînés. Autant dire que peu d’entre nous étaient chauds pour une escapade printanière dans le Massif Central, réputé pour son climat rigoureux. Pour ma part, si je puis donner mon avis, du moins celui que j’avais avant de m’embarquer pour cette aventure, tant qu’à affronter les frimas du nord, j’aurais préféré la première nommée, peut-être parce que je suis originaire d’une contrée nord-orientale située au-delà du tunnel d’Alzon, bien connu pour être la ligne de partage entre l’homo septentrionalis et le meridionali hominem, deux espèces de bipèdes dont la principale différence, somme toute, n’est que l’heure à laquelle ils ripaillent
Nous voilà donc partis en file indienne, dans la roue de notre capitaine de route et de son Agapornis canus, mieux connu sous le nom de Claudius l’Ancien. Ça fonce, du moins pour nous qui n’avons qu’une petite voiture hybride « gasoil/pédales » : Vallée de la Vis, Larzac, Millau, aire de la Lozère pour un pique-nique sous les pins sylvestres, A75 en direction d’Issoire puis réseau secondaire jusqu’à Murol. Vers 16 h 30, sous un ciel très mitigé et une température assez frisquette, nous pénétrons dans l’enceinte d’Azuréva, par un raidillon à faire frémir les plus gaillards d’entre nous. Ce centre, étagé sur le flanc du volcan Tartaret est un peu vieillot mais les chambres, bien qu’exiguës, sont propres et confortables, le bâtiment principal est spacieux avec un bar convivial et des salles d’animation à rez-de-chaussée, un vaste self-service, les cuisines et la plonge occupent l’étage supérieur. Nous nous rassemblons avec une vingtaine d’autres arrivants, sur l’esplanade pour la traditionnelle présentation de la résidence par son directeur et David, son animateur, suivie du pot d’accueil, ici « le Birlou » autrement appelé et mal nommé kir auvergnat, 80 % vin blanc et 20 % liqueur de pomme et de châtaigne. Ce n’est pas mauvais mais de là à appeler ce breuvage un KIR (c’est le Dijonnais qui se regimbe. Qu’on soit bien d’accord le kir est un apéritif bourguignon composé de 1/5e d’une crème de cassis de Dijon de la marque Legay-Lagoutte exclusivement et de 4/5e d’un cépage blanc aligoté, les autres formules ne sont que contrefaçons, voire impostures, n’ayant droit qu’à l'appellation blanc-cassis). Après un repas correct, arrosé de vins régionaux qui ne sont ni des pinots ou chardonnays de Bourgogne, ni des cinsaults ou mourvèdres de Provence, ni des rieslings ou gewurztraminers d’Alsace, nous nous attablons devant le « zinc » pour boire un café, un thé, une tisane, certaine un coca et pour les plus aventureux, la potion locale « la Verveine », qui, par son appellation, pourrait prêter à confusion, mais par sa couleur et sa consistance s’apparente aux tournées d’Izara d’Hendaye. Nous restons sérieux, mais pas tous, car demain sera une autre histoire, on peut faire confiance à notre meneur.
Ce lundi matin, un joli brouillard blanc nimbe les collines vertes environnantes et le Château, perché sur son promontoire volcanique. Le ciel est menaçant, l’air est frais et le vent cinglant, mais tout le monde est présent : Claude, Nicole, Claude, Bruno, Laurent, Patrick, Celse, Guy, Christelle, Jean-Luc et moi.
S’il reste à prouver que l’Auvergnat, comme le Cévenol ainsi que j’ai cru le comprendre, est âpre au gain, on peut affirmer sans ambages que les services routiers indigènes sont avares en signalisations car nous hésitons, nous nous fourvoyons à maintes reprises, nous ne retrouvons pas vraiment notre tracé. Je me souviens pêle-mêle être passé au Vernet-Sainte-Marguerite, avoir aperçu les panneaux d’Olloix, de Cournols et d’Aydat avec des longues côtes, des descentes qui semblent plus courtes, de beaux paysages et des nuages noirs lâchant de temps à autre des ondées pénétrantes qui font renoncer les Saint-Jeannais puis une plus forte ramade qui voit notre belle équipe perdre son Celse. Nous nous résolvons à continuer malgré l’exécrable météo mais en coupant vers Saint-Saturnin évitant ainsi le Plateau de Gergovie qui tient pourtant à cœur à Bruno.
Chemin faisant, le temps s’arrange et quelques taches d’azur font leur apparition dans les cieux, incitant notre tenace GO à reprendre le fil de son idée et à monter sur le fameux oppidum. Nous filons vers Chanonat, bifurquons sur Opme avant d’attaquer la redoutable grimpée sur le Plateau (744 m) où nous arrivons en ordre dispersé. La vue est saisissante, en grande partie occupée par la toute proche agglomération de Clermont-Ferrand. Un colossal monument commémore la victoire des Gaulois emmenés par le chef Arverne Vercingétorix face aux six légions commandées par Jules César (52 avant JC), exploit sans suite puisque ces mêmes protagonistes s’affrontèrent à Alésia, en Côte d’Or, et cette fois-ci, les Romains l’emportèrent définitivement. Nous cassons la croûte sur les marches de cet austère édifice avant de reprendre notre balade. La descente sur La Roche-Blanche est périlleuse avec plusieurs virages délicats et sans visibilité dans les ruelles pavées. Nous rejoignons une route importante et très empruntée qu’il nous faut malheureusement suivre pendant de nombreux kilomètres avant de retrouver un secteur plus calme aux abords de Saint-Nectaire. Vers 16 h 00, après 105 km et 1600 m de dénivellation, nous franchissons la grille du centre avec le soleil, les randonneurs sont encore sur les hauteurs, les promeneuses dans les coursives du château, la famille Revel au repos et l’ami Serre en reconnaissance sur le circuit de demain. Après le repas et la tournée au bar, nous assistons à un intéressant exposé sur l’armement et les cuirasses des armées féodales, un tantinet  longuet, pour des quidams courbatus, à la veille d’une seconde et redoutable étape.
En ouvrant nos fenêtres, nous constatons que le ciel est parfaitement bleu, sans un nuage, tout juste quelques lambeaux de brume dans les vallons autour de la citadelle. C’est de bons augures pour la dure journée que nous a concoctée Bruno. Le petit-déjeuner à peine englouti, nous nous rassemblons devant le garage : Celse, qui a reconnu, hier, les difficultés du parcours, opte pour une variante et emmène Nicole, Claude et Guy. Les autres sous la houlette du corsaire roulent à vive allure sur la D5 en direction de Saint-Victor-la-Rivière à travers les prairies verdoyantes parsemées de fleurs de pissenlit où paissent de belles vaches, puis sur les D621 et 978 dans la vallée de la Couze Pavin où nous hésitons à nouveau, ce qui permet aux moins affûtés de souffler un peu. Après la traversée du hameau et de la rivière, nous attaquons le redoutable Col de la Feuille sur un macadam impeccable. L’étroite route escalade les flancs de la montagne, sous le site troglodyte de Jonas, c’est aussi beau que pentu (880 m avec des épingles frôlant parfois 14 à 15 % et aucun tronçon au-dessous de 8/9). Les premiers, Claude, Laurent et Bruno, attendent les suivants, Christelle et Jean-Luc, enfin les derniers, Patrick et moi avant de continuer vers Besse et le lac Pavin (800 mètres de diamètre, 93 de profondeur mais aussi antre de Lucifer). Après la ville, une large et raide rampe rectiligne conduit à la station de Super-Besse qui se prolonge par le col de la Geneste (1 372 m), beaucoup moins éprouvant.
Nous redescendons, aux alentours de 12 h 00, au cœur de la forêt, au milieu des pâturages constellés de jonquilles à Picherande où nous attendent nos quatre amis. Midi, une aire de jeux avec des tables en bois, le tri sélectif à proximité, tous les ingrédients pour déjeuner en paix ! Nous repartons sans tarder vers La Tour d’Auvergne, escaladons, presque groupé, le col de La Sœur (1 149 m, 7 km et 4 à 7 %) avant de dégringoler à vive allure, du moins, les kamikazes, les plus adroits et les poids lourds, jusqu’à la station thermale de La Bourboule, puis remonter le difficile mais joli col de Vendeix (1 145 m et 4 ou 5 km à 7 % en moyenne) avant de basculer sur Le Mont-Dore à travers une opulente futaie où se mêlent feuillus et conifères. Là, les insatiables et le surprenant Celse décident de grimper au pied des pistes du Puy de Sancy le long de la Dordogne (483 km et cinquième fleuve de France) qui prend ses sources dans le secteur, puisqu’elle est formée de deux torrents, la Dore et la Dogne.
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La montée n’est que de 2,5 km mais le dénivelé flirte toujours avec les 10 à 12 %, voire davantage. En les attendant, nous allons nous détendre à la terrasse d’un café, car la fête n’est pas terminée ! Dès leur retour, nous enfourchons nos bicyclettes et entamons dans les faubourgs de la ville, la longue, mais régulière ascension du Col de la Croix de Morand (1 401 m et 7 km de 3 à 7 %). Certains, dont je suis, ont les jambes lourdes et le dernier kilomètre est un calvaire pour presque tout le monde. La grimpée se termine avec un vent froid parmi les dômes dénudés où subsistent des névés.
Nous soufflons en attendant nos compagnons d’infortune et récupérons quelque force pour l’ultime tronçon. Maintenant, ce n’est que du bonheur, une quinzaine de km nous séparent de Murol, majoritairement descendants, ce terrain me plaît car c’est le seul moment ou la masse est un avantage et je suis certainement le plus enveloppé du paquet avec mes 85 ou 86 kg. Nous entrons à Azuréva vers 17 h 00 à peine 100 km et 2 400 m de dénivelé pour les resquilleurs ou 115 km et 2 650 m pour les autre
Ce soir, c’est ma tournée car je fête mes 70 printemps et 3 jours, je devrais dire automne ou hiver mais je suis né en avril : pas de gâteau d’anniversaire ni de bougies au dîner, le dessert sera un duel « Filles vs Garçons » de culture générale dans la salle du bar où les premières semblent plus rusées que les seconds, avec la complicité d’un arbitre fort accommodant!
Ce matin, le temps est radieux et le moral au beau fixe. Nous nous préparons pour une sérieuse virée d’environ 120 km et + de 2000 de dénivelé. Petit souci pour moi, j’ai mal assimilé le cocktail ou tout simplement l’eau du robinet, traînant un sacré mal au ventre et problème pour notre Président qui constate que sa roue arrière est à plat, il s’est pourtant offert une belle machine dotée des derniers perfectionnements, entre autres, des pneus dits « tubeless » quasi increvables, que je qualifierais présentement de « airless ». Il est impossible de démonter pour réparer, la mort dans l’âme (là, j’exagère un peu), il se résout à déclarer forfait
Nous nous dirigeons vers Saint-Nectaire, dominée par son église massive, bifurquons sur une petite route tortueuse et raide pour glisser vers le joli lac d’Aydat niché dans un écrin de verdure. Nous apercevons, du moins les plus observateurs, un couple de chevreuils à la lisière des bois, ils détalent à notre vue, si vite que certains, que je ne nommerai point, les prennent pour de grands lièvres, et plus loin encore un superbe renard en maraude. Ensuite, nous avalons le col de la Ventouse culminant à 980 m sur la D213, à la jonction de l’importante D2089 reliant les lointaines Tulle et Bordeaux. Nous la suivons, à gauche, sur 2 km, tournons à droite sur une départementale resserrée jusqu’à Pardon, la bien nommée pour expier ses fautes, ce que Celse ne manque pas de me faire remarquer, le col de la Moréno n’est qu’une simple formalité (1 065 m et 3 ou 4 km très roulants) mais s‘annonce, imminente, l’heure du ravitaillement ! Nous nous blottissons sur le talus, à l’abri du vent frais qui cingle la frondaison, et dévorons prestement le contenu de nos musettes. Une étroite voie sinueuse dévale vers Ceyssat dans un décor sylvestre de toute beauté, où nous quittent, temporairement, Nicole, Claude, Guy et Celse. Viennent ensuite l’imposant Puy de Dôme, en image seulement, le Parc Vulcania, la D941 au trafic chargé, Saint-Pierre-le-Chastel le long de la Sioule, le col Saint-Pierre et la bien nommée La Mouize, car nos bidons sont vides et nos jambes douloureuses. Nous nous ravitaillons auprès d’un sympathique garçon qui nous offre, aimablement, des bouteilles d’eau minérale. Nous sortons enfin des axes à grande circulation pour gagner la ravissante bourgade de Rochefort-Montagne, nichée dans un biotope volcanique accidenté et boisé. Le premier tronçon est assez facile et nous pédalons quasiment groupés, retrouvons nos quatre compères dans le village et entamons le plat de résistance, car ça se gâte sérieusement, tant au niveau du pourcentage qu’au niveau de la météorologie. Un épais brouillard s’est abattu sur les nombreux puys qui occupent le secteur et nous roulons sans visibilité jusqu’en haut, dépassés par les voitures qui nous klaxonnent rageusement. Le col est à 1 268 m d’altitude, au croisement des D80 et D983 qu’il faut suivre en direction du Mont-Dore sur 5,5 km avec à peine dix à quinze mètres de visibilité. À la bifurcation avec la D996, au-dessus de la ville noyée dans la purée de pois, nous reformons les rangs pour entamer l’ultime supplice, le col de la Croix Morand, comme hier. Le temps ne s’améliore pas, pire, un vent froid balaie le versant du Puy de la Tâche et chacun pédale à son rythme, pressé d’en finir. Au sommet, il fait vraiment frisquet et les premiers ont basculé sur l’autre versant sans s’arrêter, comme nous le faisons à l’accoutumée. Transi et ne voyant personne, je décide d’aller boire un chocolat chaud au Buron du Col et invite mes compagnons d’infortune, Celse, Guy, Claude et Nicole, qui ne se font pas prier pour cette brève halte dans un décor douillet. Nous reprenons notre route, alors que le ciel est totalement dégagé mais le ressenti presque hivernal. Nous récupérons nos amis qui se languissent, inquiets de ne pas nous voir arriver : mille excuses, je ne savais pas qu’ils avaient décidé de nous attendre plus bas sous un soleil réparateur. Nous fonçons vers Murol avec un stop sur l’esplanade à Chambon-sur-Lac, pour admirer l’originale nappe d’eau bleue, créée suite à l’éruption du Tartaret. Vers 17 h 30, avec 123 km au compteur et 2180 m de dénivelé, nous sommes au bercail, alors que les randonneurs errent encore de suc en suc et que les promeneuses, après une visite au superbe village de Saint-Saturnin, se remettent des passionnants mais prolixes commentaires du Seigneur du gentilé murolais auprès d’une damoiselle, maroquinière de son état.
Pour le réconfort, il y a mieux que le cuir, l’apéro offert par le club. Une grande table est dressée sur la terrasse où sont alignés verres, assiettes de charcuterie et de fromage, brocs de jus de fruit pour les rares abstèmes du club et un tonneau de verre contenant un breuvage élaboré par le Sieur ci-dessus nommé : l’hypocras.
Cette boisson, composée de vin, de miel et d’aromates qu’on laisse macérer plusieurs jours, était très prisée au Moyen-Âge et tout le monde est bien d’accord là-dessus car les sept ou huit litres changent rapidement de contenant, selon, le principe, bien connu, des vases communicants : merci pour cette historique et exquise découverte qui nous fera passionnément palabrer après le dîner, abandonnant notre gentil animateur à la déférence des gens du Nord.
Jeudi devait être jour de repos mais le soleil étant de la partie, nous attendrons samedi pour le tourisme car la météo prévoit pluie et orage pour le week-end. Dommage car je ne suis vraiment pas en forme, toujours tenaillé par une indisposition. Le parcours sera facile, m’affirme Bruno : 104 km et 1 900 mètres de dénivellation, tout de même ! À 8 h 35 et avec 5 minutes de retard, me précise Claude, nous enfourchons nos vélos, une fois encore, en direction de Saint-Nectaire, Verrières, Rivalet, Montaigut-le-Blanc, Champeix, Neschers et Chadeleuf. Ces 30 kilomètres sur La D996 n’en finissent pas de descendre, ce qui augure mal la suite des évènements. Vers Chidrac, nous évoluons dans une campagne moins urbanisée, couverte d’une mosaïque de cultures dans les jaunes, les bruns et une diversité de verts, de rares prairies fleuries et des fermes dispersées. Un renard s’enfuit à notre approche, nous aurait-il confondus avec une horde de chasseurs, c’est pourtant le rouge, sous toutes ses déclinaisons, plutôt que le jaune et le bleu qu’affectionnent ces prédateurs, bardés de cartouchières. Le profil s’accentue avec plusieurs coups de cul sérieux, les villages de caractère se succèdent tels Touzel, Vodable et Dauzat-sur-Vodable, le décor est bucolique, me souffle Patrick et la vue, panoramique, sur l’immensité volcanique.
À l’entrée de Chassagne où nous arrivons alors que sonnent les cloches de l’église, pas âme qui vive, pas un bruit sinon celui du vent qui souffle en rafale. Nous nous asseyons sur le trottoir d’une bicoque, à l’abri des bourrasques pour déjeuner, Claude, pressé de déguster sa rondelle de jambon reconstitué en a oublié son vélo au milieu de la chaussée, sur sa béquille, bien entendu, un doux rêveur, ce luron ! Heureusement, il n’y a personne dans ce patelin qui porte pourtant une toponymie célèbre et fort prisé de la Côte de Beaune, Chassagne-Montrachet comptant 3 grands crus et 53 premiers crus, le reste étant des appellations de village (pas mal) : je m’égare !
Nous continuons vers Saurier riche par son patrimoine culturel et naturel, Courgoul où se scinde notre peloton avant de pénétrer dans les sublimes Gorges du même nom où coule une couze sauvage (couze = torrent en auvergnat), la D26 est majoritairement montante jusqu’à Valdeleix où nous l’abandonnons pour attaquer les 10 à 15 % du Col de la Feuille, version sud. Nous parvenons, tant bien que mal sur un immense plateau dénudé, à un carrefour qui ressemble en rien à notre précédente ascension, sans doute, aurait-il fallu bifurquer à droite au dernier croisement ? Pour l’instant, nous profitons de la magie du terrain encadré par la chaîne des Puys enneigés. Notre seule possibilité est de descendre vers Besse-et-Saint-Anastaise, ce qui me convient parfaitement, moins à Patrick qui n’a plus de frein arrière, le disque est enrayé ou la gaine s’est vidée, ah, la technique ! Le beau ruban de macadam serpente dans un paysage vallonné, couvert de prés et de landes et nous atteignons très rapidement cette accueillante cité à la double architecture, médiévale et Renaissance, étagée entre 800 et 1 000 mètres, à proximité du Massif du Sancy. Les 11 derniers kilomètres sont avalés au pas de charge, malgré une longue côte et plusieurs faux plats mais un final pour descendeur-rouleur. Les compteurs indiquent 60 et 65 km/h et les GPS 103 km et 1 827 m de dénivelé lorsque nous posons pied à terre.
Les marcheuses et marcheurs sous la houlette avisée de Jacques rentrent un peu plus tard, satisfaits de leur balade, les touristes de même. Ce soir après l’apéro, le dîner, la tisane, enfin la Verveine, nous avons droit à une soirée « culture générale » opposant gens d’Oc et gens d’Oil, l’arbitre, fin stratège, nous classe ex æquo, évitant ainsi une levée de boucliers ou une nouvelle guerre de Sécession.
Le ciel est légèrement nuageux et la température presque agréable lorsque, dans la roue de Bruno, nous montons ce que nous avons dévalé la veille, comprenant pourquoi nous allions si vite, hier. Je suis avec difficulté le train imposé par les cadors, me promettant de dégoter un raccourci en fin de journée, Christelle, Jean-Luc, Celse et même Patrick, sont partis avec cette idée. À Besse, nous tournons sur la D36 en direction du Rocher de l’Aigle qui découvre un impressionnant panorama puis entamons les premiers lacets du Col de la Croix Saint-Robert, qui, avec ses 1 451 m, est le plus haut du Massif du Sancy.
Là, la situation s’aggrave notablement, car, si le pourcentage reste modéré, oscillant entre 5 et 8 %, un vent violent, soufflant en rafale balaie les pentes décharnées de la montagne nous contraignant à nous arc-bouter sur nos guidons. Nicole, la courageuse est projetée sur la glissière et Christelle tombe sur le bas-côté, sans gravité. Sur la crête, nous nous réfugions à l’abri des camping-cars, le temps de récupérer de nos efforts.
Le versant côté du Mont-Dore est moins exposé à la fureur des éléments et nous sommes contents de recouvrer un semblant de chaleur dans la ville, où Nicole et Guy jettent l’éponge. La D645, en parfait état, comme beaucoup dans ce département, sinue dans une belle forêt, mais elle monte constamment ou presque. Un peu après midi, nous atteignons la Stèle, station nordique du Sancy à 1 250 m d’altitude. Les rayons de Phébus ont réchauffé l’air, le vent s’est calmé et l’herbe est sèche, de bonnes raisons pour pique-niquer et prendre un peu de repos. Au moment du départ, malgré quelques tiraillements dans le bas-ventre, je me sens mieux, mais je couperai, comme décidé, ce matin. Nous continuons sur le Plateau de l’Artense vers Chastreix et Picherande dans un magnifique décor. À l’intersection des D203 et D614, les petits joueurs (Christelle, Jean-Luc et moi) prennent à gauche et les cracks (les autres, incluant Celse et Patrick ragaillardis) à droite : une longue côte, suivie d’une belle descente nous amène à Besse puis la D5, à Murol. Nous profitons de notre avance pour boire un pot à la Pizzéria voisine, avant de rentrer, le GPS indique 92 km et 1 900 m de dénivelé. Ce sera 108 km et 2 143 m pour les autres. Pas insurmontable !
Après le repas, notre sympathique animateur a projeté un affrontement musical opposant les Gangeois au reste du monde, les amoureux de la Petite Reine n’étant pas les meilleurs à cet exercice, celui-ci vire rapidement à la gambille. À ce jeu, Danielle, Suzie, Bruno et Patrick se montrent les plus dynamiques, Celse, Laurent et moi, les plus apathiques, il faut bien des volontaires pour garder les sacs à main !
Ni pédales, ni pédules en ce samedi 28 avril, la météo, comme prévu, est maussade, l’horizon est bouché et ça caille. Nous déjeunons un peu plus tard et décidons de monter au Château de Murol. Nous sommes au bas de l’éminence sur laquelle la forteresse se dresse à 9 h 20 et constatons que la poterne ne sera ouverte au public qu’à 10 h 00. Le ciel, menaçant chargé de gros nuages noirs, nous dissuade d’attendre.
C’est une belle et moderne exploitation familiale élevant volailles, cochons et vaches d’une manière raisonnée. Nous y achetons saucissons, jambons, yaourts, fourme d’Ambert, Cantal et bien sûr le célèbre Saint-Nectaire : ni petit cadeau, ni dégustation, ni une parole aimable, encore moins un sourire, mais, nous sommes en Auvergne ! J’espère que ces appétissants produits compenseront l’inélégance de cet harpagon folklorique qui pèse et additionne plus vite que son ombre ? À ce propos, Jacques avait remarqué que plus on s’élevait, plus les prix montaient.
Après le repas servi au restaurant, nous embarquons pour une excursion à Clermont-Ferrand, une trentaine de kilomètres dans la brumasse nous séparent de la patrie du Bibendum gonflé à l’hélium. Nous débutons notre visite par la fort intéressante exposition consacrée à « l’Aventure Michelin » avant d’aller nous recueillir dans le centre historique où trône l’imposante cathédrale gothique Notre-Dame-de-l’Assomption. L’architecture, plutôt audacieuse, est harmonieuse, mais sa couleur anthracite lui confère un aspect austère, qu’accentue la grisaille ambiante.
Autour du parvis, sur la place de la Victoire et dans les rues adjacentes, de nombreux bâtiments ont utilisé cette pierre de lave, extraite des carrières de Volvic géologiquement qualifiée de trachy-andésitique, mot qui a enrichi le vocabulaire de Simone, Nicole et Yolande, maintenant le vôtre. À 18 h 00 précises (encore un point commun entre l’Auvergnat et le Cévenol : la ponctualité), le bedeau s’est retiré dans la sacristie pour siroter en douce le vin de l’archevêque ; il a fermé le portail d’entrée, nous privant du grand orgue, des  peintures religieuses, des fresques et des vitraux qui ornent chœur, nef, transept, bas-côtés et autres recoins. À noter, que cet édifice figure sur les anciens billets de 500 F, preuve supplémentaire des liens ténus entre l’argent et l’Auvergne ! Nous rentrons, assez peu enthousiastes de cette brève baguenaude au cœur de la Cité des Arvernes, excepté la découverte de l’odyssée du pneumatique.
Repas, Verveine et danse sont au programme de ce dernier raout à Azuréva où l’a priori du premier jour a laissé place à une satisfaction partagée par toutes et tous, d’autant plus que le temps a majoritairement été favorable. Merci à la famille Barral pour ce séjour réjouissant dans le pays du plus célèbre Celte de notre histoire (j’ai bien écrit Celte avec un « T » et nom un « S», que notre joyeux drille de Cazilhac ne se méprenne pas).
L’Auvergne nous prouve encore qu’elle est avare, cette fois-ci en soleil car ce dimanche matin est d’une tristesse à mourir et je plains les nouveaux pensionnaires, randonneurs pour la plupart. Après le petit-déjeuner, nous prenons congé de nos cicérones pour rentrer au Pays. Guy s’est joint à nous car Marie-France et Bruno étaient invités à une fiesta, samedi soir. C’est avec une pluie incessante et d’une rare violence que nous arrivons à Ganges, en milieu d’après-midi, avec un arrêt « pâtisserie » au Caylar : il est gourmand notre Guytou !

                                                                                                                                                 Jacky le Bourguignon Bouguon

cc-gangeois@ffct.org
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