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LE LOT EN QUERCY.
Du mercredi 9 au samedi 12 mai 2018

    Nous avons rendez-vous à 6 h 45 sur le parking des pompiers de Ganges pour charger vélos, bagages et ravitaillement dans le fourgon de Bruno. Un certain Serre, secrétaire de son état, a préféré flirter avec la ligne bleue des Vosges en compagnie de tristes sires, plutôt que profiter avec ses amis de la douceur cadurcienne, nous nous en souviendrons. Enfin, une pensée pour la famille Cordonnier qui devait être de ce voyage, une insidieuse maladie venant perturber le cours de leur vie, nous pensons bien à eux et souhaitons à Brigitte un prompt rétablissement car la Corse est en vue et il faut qu’elle ait la forme pour parer aux défaillances d’orientation de notre clique indisciplinée.
Claude et Nicole de Saint-Jean, comme ils le font pour chaque chose ont pris les devants sans trop enregistrer l’itinéraire que nous avons défini ensemble. Une demi-heure plus tard, nous démarrons, Marie-France, Bruno et Bernard dans l’estafette rouge, Huguette, Suzie, Jacques et Patrick, dans le sillage, Nicole, Yolande, Claude et moi dans la Némo, de la section touristique du CC Ganges. Jusqu’à la sortie de Millau, nous empruntons le même chemin que celui de Murol, nous nous dirigeons ensuite vers les terres occidentales du Rouergue puis du Quercy sous une pluie persistante. Un peu avant midi, nous arrivons à Cahors (**), capitale du Lot, peuplée d’un peu plus de 20 000 habitants, le temps est mitigé mais le sol est sec.


Le camping de la rivière Cabessut est coincé sur la rive gauche,  entre le stade et les quartiers contemporains de la ville. C’est un endroit agréable et ombragé, chaque emplacement, recouvert d’un épais tapis d’herbe, est délimité par une haie, le parfum des fleurs d’acacias embaume l’air et les oiseaux chantent. Le propriétaire nous accueille aimablement, nous remet clés et badges, nous permettant de prendre possession des lieux maintenant et non à 16 h 00 comme le prévoit le règlement. Les occupants des mobile-homes seront les mêmes que ceux des voitures, celui de la famille Revel, servant pour les petits-déjeuners, la salle n’étant pas tout à fait prête pour nous accueillir. Nous nous y regroupons pour prendre en commun notre repas tiré du sac puis le café lorsqu’arrivent nos retardataires. Ils se seraient détournés vers Albi, une envie de flâner dans cette cité renommée, très certainement, ou un peu de distraction ?
Le vent s’est levé, apportant, un brin de fraîcheur accompagnée de stratus générant une brume et un léger crachin. Ce changement de temps n’affecte pas les marcheuses qui ont choisi de découvrir la ville par les hauteurs, et les promeneuses décidées à parcourir la cité historique enserrée dans son méandre et son célèbre pont Valentré du XIVème siècle, mais principalement son originale cathédrale alliant styles roman et gothique. Chez les cyclistes, hormis Claude, peu désireux de salir sa rutilante machine, ils sont prêts pour une première balade dans ce pays que peu connaissent « vélocipédiquement » parlant. Je suis d’ailleurs un peu inquiet vis-à-vis de notre montagnard, collectionneur de belles grimpettes et d’efforts démesurés, car ici, point de col, point de montagne, point de mur, point de vallées perdues, nous sommes sur un terrain calcaire et caussenard de faible altitude, 783 mètres, au maximum, à Labastide-du-Haut-Mont et guère plus de 400 dans les alentours. Cette région, par la nature de ses roches est proche de nos Grands Causses et par l’exubérance de sa flore, de l’Auvergne.
Nous partons en file indienne à travers les rues, franchissons le Lot sur le pont de Cabessut, tournons sur les quais pour attraper la D653 dite route de Laroque. La circulation est assez dense sur cette importante départementale jusqu’à Laroque-des-Arcs où nous la quittons sur la gauche le long du modeste ruisseau de Bellefond qui serpente dans un adorable vallon verdoyant, la pente est imperceptible jusqu’à Valroufié, ensuite, elle s’élève doucement dans une forêt claire où résonne le chant des oiseaux, jusqu’au pont enjambant l’autoroute vers Francoulès puis Nadillac.
Au carrefour, le GPS de Jacques nous conseille une petite voie sans nom qui dégringole dans un ravin encaissé, cerné de hautes falaises puis remonte sur la crête d’une colline avant de redescendre à Saint-Martin-de-Vers. Nous suivons ensuite le cours de la rivière dans une profonde et large vallée encadrée d’un côté par les coteaux pentus du plateau et de l’autre par d’impressionnants à-pics, les rares espaces entre ces deux parois sont cultivés ou occupés par des prairies où paissent de solides bovins ou de dodus ovins.

Une sensation de sérénité règne dans ce décor champêtre : les hameaux et fermes isolées sont impeccablement ordonnancés, aucun détritus ne traîne sur les bas-côtés qui ont soigneusement été tondus, aucun bruit sinon le gazouillis de la gent ailée, mais surtout pas âme qui vive. Cet environnement est à la fois dépaysant et reposant. Un peloton défile à vive allure sous notre nez après le carrefour, il n’en faut pas davantage pour déclencher les velléités de nos rouleurs, nous sautons dans leurs roues pendant plusieurs kilomètres et les abandonnons à l’intersection pour attendre nos aînés qui ont passé l’âge de ce petit jeu. Dans la localité de Vers, nous retrouvons la civilisation, en l’occurrence des randonneurs, des pèlerins à la coquille en partance pour Compostelle, des motards, des automobilistes, des pédaleurs et quelques chalands qui se promènent sur les berges aménagées de l’Olt, son second hydronyme
Nous le traversons sur la D49B, attaquons un sérieux mais bref raidillon vers Les Mazuts et rejoignons notre base par une agréable route en corniche, via Arcambal, nichée au pied du Causse de Limogne. Aux environs de 17 h 00, nous sommes de retour, les compteurs, d’accord entre eux, indiquent 60 km et 720 m de dénivelée avec une moyenne, hors nombreux arrêts de 21,6 km/h ajoute Claude. Nous chargeons les vélos dans la camionnette, en vue de la seconde sortie.
Après la douche, nous nous réunissons chez nos voisins pour l’apéritif avant le dîner en ville, nous testons les crus de Maury, que tout le monde apprécie, agrémentés des saucissons rescapés de « 7 cols en Cévennes ». Le restaurant « Le Vini », normalement fermé le mercredi, a accepté de nous recevoir, grâce à la diplomatie de notre cher Président. Nous sommes seuls dans la salle du rez-de-chaussée. La « mayennaise » entre gens à l’accent pointu et gens à l’élocution « chantang » a bien pris, le petit nouveau des confins de Bretagne et du Centre (ça existe de telle contrée ?) a parfaitement intégré la communauté, comme un poisson dans l’eau. Le repas accompagné d’un malbec ou d’un rosé local est correct et l’ambiance très conviviale. Nous réintégrons le camping juste avant la fermeture du portique.
    Le patron a mis les bouchées doubles et la pièce des petits-déjeuners est opérationnelle dès aujourd’hui, nous agrémenterons notre repas avec les fruits, yaourts, miel et autres ainsi que les différentes confitures « maison » : myrtille, poire, pêche, abricot, figue et même une étonnante courge additionnée de zestes d’orange. Aujourd’hui encore, Jacques a abandonné ses groupies pour s’adonner aux plaisirs de la danseuse, de la cocotte et de la moulinette, s’en remettront-elles ou tout simplement lui pardonneront-elles cette trahison ?
Pressés par notre capitaine de route, nous embarquons, les deux Claude, Nicole, Bernard, Patrick, Jacques, Bruno et moi à destination de Bouziès-Bas (135 m), distante d’une trentaine de km vers le levant. Ce charmant village, lové dans un coude du Lot auquel on accède par une passerelle métallique à voie unique sera notre point de départ, et celui des randonneuses, si elles le trouvent ! Le programme est plus ambitieux en distance mais pratiquement plat, voilà qui va révolutionner notre routine montagnarde et pénaliser les détenteurs de Vae, ce dont nous ne nous plaindrons pas, tellement ils sont arrogants dès que la pente se durcit, enfin pas tous !

Pressés par notre capitaine de route, nous embarquons, les deux Claude, Nicole, Bernard, Patrick, Jacques, Bruno et moi à destination de Bouziès-Bas (135 m), distante d’une trentaine de km vers le levant. Ce charmant village, lové dans un coude du Lot auquel on accède par une passerelle métallique à voie unique sera notre point de départ, et celui des randonneuses, si elles le trouvent ! Le programme est plus ambitieux en distance mais pratiquement plat, voilà qui va révolutionner notre routine montagnarde et pénaliser les détenteurs de Vae, ce dont nous ne nous plaindrons pas, tellement ils sont arrogants dès que la pente se durcit, enfin pas tous !
Après la photo de groupe autour d’une gabare exposée sur la berge de la rivière, nous partons vers de nouvelles aventures. Au carrefour des D662 et D41, nous avisons nos marcheuses, garées sur le terre-plein à trois ou quatre kilomètres de leur point de départ, Jacques les remet dans le droit chemin puis nous reprenons notre progression dans le Défilé des Anglais, le château de Cabrerets, à proximité de Pech-Merle (***), situé au confluent de la Sagne et du Célé. Cette grotte considérée en France, comme l’une des plus belles, s’enorgueillit de 700 motifs peints ou gravés. Peut-être sera-t-elle un jour, à l’image de Lascaux, interdite au public et reconstituée ? Nous n’avons pas l’intention de visiter ce haut lieu de notre très vieille histoire, surtout accoutrés en cyclistes. Nous suivons une belle route serpentant dans une vallée étroite où coule le Célé : à gauche des falaises abruptes creusées de nombreuses cavités, à droite les versants escarpés des collines noyées dans d’épaisses forêts, coincés entre les deux, des prairies couvertes de hautes herbes parsemées de fleurs jaunes, violettes, orange, roses, bleues ou rouges et quelques champs de céréales.
Vers 14 h 00, nous enfourchons nos bicyclettes et continuons notre ascension vers le point culminant de notre balade, la pittoresque bourgade de Faycelles perchée à 348 mètres sur les confins du Massif Central. Ce nid d’aigle embrasse un large panorama sur la vallée du Lot qui, en ce lieu, marque la frontière entre le département éponyme et celui de l’Aveyron. Après ce premier et long « col », nous dégringolons vers Frontenac (165 m), sur la rive droite de la rivière pour emprunter la D662 dans un environnement de collines verdoyantes d’où émergent, par-ci par-là, falaises et pains de sucre. Bien que nous soyons jour férié, la circulation est calme et les automobilistes font preuve de bienveillance lorsqu’ils doublent notre bande, assez dissipée. Saint-Pierre-Toirac et Larroque-Toirac sont deux bourgs remarquables, construits sur le piémont des Causses du Quercy. Le second est dominé par une étonnante forteresse, encastrée sous un impressionnant surplomb. Nous décidons, Jacques et moi, d’y jeter un coup d’œil, alors que nos compagnons, nez dans le guidon, ont mis le turbo. La montée vers l’église est raide et celle vers les remparts dépasse certainement les 25 %. Le Seigneur du coin n’ayant pas encore ouvert sa poterne, nous rebroussons chemin pour rattraper nos amis arrêtés sous l’abri bus de Montbrun, lui aussi à l’ombre d’un élégant château. Les 7 km qui nous séparent de Cajarc, rendue célèbre par Coluche et son fameux « Moulinot » (un restaurant de ce nom trône près de la place centrale) sont avalés à toute vitesse au grand désespoir de Claude de Valleraugue qui n’a pu prendre la roue et de la famille Revel, plus décontractée, surtout Claudio, qui, les cheveux au vent et la tête en l’air a oublié son casque à la précédente station.
Nous roulons à bonne allure vers Sauliac-sur-Célé, Marcilhac-sur-Célé, Saint-Sulpice, Brengue, Espagnac-Sainte-Eulalie, Corn et Boussac (178 m) dans un cadre tantôt sauvage, tantôt champêtre avec toujours ce sentiment d’apaisement. Nicole et Claude perdent parfois le contact mais nous nous arrêtons chaque fois pour qu’ils recollent au groupe, profitant de ces répits pour contempler un joli paysage, une vieille bâtisse, un village, une citadelle ou un manoir, cette région est non seulement l’une des plus belles de France mais aussi l’une des mieux préservées pour sa nature et son architecture. Pas très loin de Figeac, le paysage s’abaisse et les falaises disparaissent, les grimpeurs renâclent un peu, car, oh surprise, les GPS n’indiquent qu’une quarantaine de mètres de dénivellation pour autant de kilomètres, du jamais vu, de mémoire de Gangeois ! Un peu après Boussac, la D21 franchit le Célé et grimpe par un long casse-pattes à Béduer cent mètres plus haut (274 m). Ce joli village érigé sur le rebord du plateau compte un imposant château, une église massive, des pigeonniers, des caselles et des demeures cossues.
Bernard, embarqué sans biscuit, a disparu en compagnie de Claude à la recherche d’un petit quelque chose à grignoter. Nous les attendons au carrefour avant de choisir un lieu pour le pique-nique mais seul revient Claudius. Où est passé notre Lavallois ? Nous le retrouvons tranquillement attablé devant un demi de bière, mastiquant un croustillant sandwich en attendant que nous le rejoignions : sans doute un quiproquo intergénérationnel ou simplement la barrière de la langue, pourtant notre vieux charpentier pratique la langue d’oil comme les gens de l’Ouest ? Après un en-cas léger, nous allons boire un café sur la terrasse du restaurant où nous posons tous pour la postérité.


Avant qu’il ne reprenne le chemin inverse pour récupérer son bien, nous lui indiquons l’itinéraire jusqu’à Saint-Cirq-Lapopie où nous l’attendrons. La ville est en liesse, il s’y tient le vide-greniers annuel et le centre est barricadé. Nous contournons ce capharnaüm, emmenés tantôt par Bruno, tantôt par Patrick et quelquefois par Jacques, alors que notre aîné a abdiqué et que Saint-Bernard chaperonne Nicole à l’arrière. Cette vallée est moins spectaculaire et moins encaissée que celle du Célé mais ses villages sont plus pittoresques, parfois sur les berges du cours d’eau, parfois au-dessus de parois rocheuses. Ils ont noms : Sauzac, Larnagole, Cénevières (*), Saint-Martin-Làbouval, La Tour-de-Faure mais surtout Saint-Cirq-Lapaupie (**), clou de cette virée et village classé dans le Top 10 qui reçoit bon an mal an 600 000 visiteurs, soit près de 2 000 par jour, pas loin du double de Saint-Guilhem-le-Désert. L’accès au belvédère se fait par une petite route pentue avec des courbes à 9 et 10 %, où circulent une multitude de voitures et des piétons. C’est incroyable le nombre de personnes qui déambulent sur les parkings, dans les rues d’accès et les ruelles, ça ne donne pas envie de se mêler à cette foule, d’ailleurs cela est impossible avec nos vélos et les pompes à bascule de certains d’entre nous.
Après 30 ou 40 minutes de tergiversation et d’attente, ne voyant rien venir, nous appelons notre sympathique étourdi, qui, heureusement a emporté son portable. Il nous dit ne pas avoir retrouvé son couvre-chef protecteur et être, du moins croit être du côté de Larroque-Toirac, soit 6 ou 7 km après l’abri bus ! Que fait-il donc si loin ? Nous lui demandons de revenir dans notre direction et nous viendrons le cueillir en rase campagne. Nous fonçons vers Bouziès-Bas, par la magnifique D40 tracée au flanc de collines boisées, sautons dans la voiture et roulons à la rencontre de notre doux rêveur, surpris de ne point le croiser avant Cajarc, 22 km tout de même ! Après plusieurs coups de téléphone et des recherches sur les places et rues encombrées d’étalages hétéroclites, nous retrouvons notre lascar casqué. Ayant raté non le bus, mais l’arrêt, il a continué en direction de Figeac et c’est au retour qu’il a découvert son casque, là où il l’avait déposé ! Tout est bien qui finit bien mais il nous reste une soixantaine de kilomètres pour rallier Cahors où nous arrivons vers 18 h 00 après 100 km et seulement 450 m de dénivelée pour une moyenne de 23,8 km/h hors casse-croûte, temps morts et flânerie : un record !
Les filles, promeneuses et randonneuses confondues, sont allées découvrir Saint-Cirq-Lapopie, les unes par voie fluviale, les autres par les chemins de traverse, et toutes en sont revenues enchantées, il faut reconnaître que le cadre est hors du commun.
Tenus par un horaire serré, nous ne prenons qu’un verre, soit de grenache blanc de Maury, soit de syrah rouge de l’Hérault, le premier développe plus de subtilité et d’arôme, mais tous les deux sont fort gouleyants. Le Pastis, aujourd’hui encore, a été boudé, moi qui pensais que les gens du sud n’avaient de papilles que pour lui ! Ce soir, le restaurant s’appelle « La Gabare », il a investi le rez-de-chaussée d’un immeuble ancien rénové près de la rivière dans le même quartier que « Le Vini ». Le menu composé d’une entrée, d’un plat et d’un dessert est de bonne facture, quant au malbec, rien à redire. Les sexagénaires, vu leur grand âge, rentrent à la maison, tandis que la jeunesse va s’encanailler dans les bas-fonds de Cahors ou glisser une piécette dans les tirelires de la cathédrale et brûler un cierge.

    Ce matin, le temps est brumeux et d’un gris bleuté laissant présager une belle journée, mais la température n’est pas très élevée, tout juste 10° vers 7 h 30. Petit-déjeuner englouti, nous embarquons dans le fourgon et le véhicule de Claude à destination de Payrac, 50 km au nord de Cahors et 16 au sud de Souillac. Cette virée, loin de notre base, a pour but de rendre visite à la Dordogne que nous avons vu naître dans le Massif du Sancy, le mois dernier et découvrir les splendeurs de Rocamadour. Une heure est nécessaire pour rallier cet aimable bourg dont les maisons élégantes, bars et restaurants sont alignés de part et d’autre de l’ancienne N20, aujourd’hui D820. Nous sommes rapidement prêts sauf Patrick qui a de nouveau des soucis avec sa belle mécanique, cette fois-ci du côté du dérailleur avant, presque content à l’idée de flâner confortablement assis aux côtés de Claude plutôt que s’échiner sur sa selle dure comme du bois, mais c’est sans compter avec la dextérité de notre technicien de service.


Vers 10 h 30 lorsque nous donnons le premier coup de pédale, le ciel est bleu sans nuage et le soleil brille, il ne fait pas encore chaud comme me l’a prédit Bernard, mais ça viendra et peut-être, vais-je regretter de m’être vêtu en long, mais je ne l’avouerai pas ! Notre sortie commence par une descente longue de trois kilomètres aboutissant dans une vallée étirée dans laquelle passe l’A20 au lieu-dit La Dame puis remonte avec autant de vigueur jusqu’à Calès où nous attendons Nicole, légèrement distancée. La route ensuite s’infléchit vers le sud puis dans un superbe décor de roches, de landes fleuries et de bosquets rejoint par la vallée de l’Ouysse, la splendeur des splendeurs, je veux dire Rocamadour (***). Les qualificatifs manquent pour décrire ce lieu ancien accroché à la paroi vertigineuse des gorges de la rivière ci-avant nommée. Sans trop dénaturer le site, les autorités locales ont construit d’immenses parkings payants, un ascenseur, des belvédères, tracé des sentiers et une rampe d’accès. Les belles demeures quercinoises ont été transformées en bars, en restaurants, en hôtels, en caves à vin, en boutiques de produits régionaux ou en ateliers d’artistes puis les marchands du temple y ont installé leurs échoppes, celles que l’on voit un peu partout en France dans nos plus beaux villages, proposant aux touristes bougies parfumées, sabots en bois, vêtements en lin, minéraux du Monde, verre soufflé, maroquinerie, bijoux fantaisie, pacotille en tous genres avec les inscriptions « artisanat ou fait main » cachant souvent leur véritable origine « Made in China ». L’affluence surpasse, ici, celle d’hier, c’est dire !
Vers midi, nous quittons ce monde oppressant du tourisme de masse où nos uniformes jaune et bleu dénotent singulièrement. La D673, de ce côté, est très largement empruntée et peu agréable. À marche forcée nous pédalons à travers la Forêt des Singes, Alvignac puis Padirac et enfin Le Boutel avant de bifurquer sur la D38 qui suit le cours du ruisseau Autoire. Au détour d’un virage, enserré dans un étroit défilé rocheux, nous débouchons sur le spectaculaire cirque du même nom, au milieu duquel trône l’incomparable village, lui aussi nommé Autoire (*). Tout le monde est ébahi par tant de beauté et d’harmonie, mais, certains ventres criant famine, nous décidons de remédier à cela sur le muret délimitant une aire de repos. Deux écoles s’affrontent sur cette esplanade entourée de demeures magnifiques : ceux qui regardent autour d’eux et ceux qui fixent leurs genoux ou leurs mollets, chacun se reconnaîtra ?
Après le café, nous descendons vers le bas du village, regagnons la vallée, puis tournons à gauche le long du Bave, modeste ru qui se jette dans la Dordogne un peu avant Gintrac. Le fleuve, puisque les géographes en ont décidé ainsi, a creusé son cours entre falaises et coteaux, créant le long de ses rives un couloir végétal impressionnant avec des arbres géants dont les fleurs et le pollen voltigent dans l’air. Nous faisons une trop brève escale à Carennac (*), remarquable cité fortifiée mais interdite à tous véhicules, y compris ceux à traction humaine tel le vélo ou à assistance tel le Vae. Plus loin, la Dordogne, butant sur la muraille calcaire, se courbe jusqu’à Floirac où nous nous arrêtons sur le parvis de l’église. C’est là que foire notre épopée à cause d’un moment d’inattention de ma part et d’un panneau dont j’interprète mal le sens (un coup de chaud, sans doute), je m’engage, suivi de tous, dans une étroite rue parsemée de trous et de touffes d’herbe, cette dernière se faufile entre les maisons puis se cabre pour accéder aux hauteurs dominant la plaine avec des pourcentages atteignant les 10 à 12 %. Claude, comme il aime à le faire, est parti en éclaireur, Bernard lui emboîte le pas au prix d’un gros effort, je tente de mon côté de me maintenir dans leur sillage, mais abandonne bien vite cette idée. Une fourche se présente après un kilomètre, plutôt que s’arrêter, mes deux énergumènes continuent à se défier.
Nous les attendons sur le bas-côté mais seul le plus sage nous revient et, comme sœur Anne, ne voyant rien venir, nous décidons de regagner Floirac, pensant que notre Mayennais, constatant qu’il est seul, fera demi-tour. Nicole, qui n’apprécie pas les temps morts, accompagnée de Bruno prend les devants, Claude remonte et Patrick tente de joindre notre fantasque équipier mais tout se lie contre nous car Bruno a laissé son portable à Marie-France, et Patrick n’a pas le numéro du petit dernier. Au bout de 30 ou 40 minutes, nous décidons de repartir, récupérons notre agent de liaison sur le pont de la Dordogne au pied de la côte de Gluges et du belvédère de Copeyre (*). L’esprit n’y est plus vraiment et nous pédalons sans trop nous intéresser aux belles bourgades qui jalonnent le cours de la rivière et aux paysages attrayants qui nous entourent.
Après Creysse, Saint-Sozy et Meyronne, nous entrons à Lacave célèbre pour sa grotte (**) et entamons une longue et parfois difficile côte jusqu’à Calès d’où la vue est spectaculaire sur l’immensité du Causse, nous y rattrapons Nicole puis son ange gardien. Après un moment de récupération, nous repartons pour le dernier tronçon, sur le tracé de l’aller, donc d’abord descendant pour finir par une grimpette de 3 ou 3,5 km assez difficile. À 17 h 30, nous sommes sur le parking où nous attend Claude de Saint-Jean, chaussé de neuf, pas lui mais sa voiture dont les pneus étaient anormalement usés, contrariés à l’idée que notre copain se soit égaré aux confins du Quercy et du Périgord. Au pire, pour lui, il devra rentrer à Cahors à bicyclette, soit 50 km supplémentaires sur un axe routier très accidenté mais surtout très emprunté. C’était sans compter sur le côté opiniâtre du personnage, la part bretonne certainement : après avoir rebroussé chemin, repris au carrefour comme on le craignait, il a atterri sur le plateau de Padirac vers le village de Miers, puis, glanant de ci de là quelques indications auprès de gens peu informés, a filé vers Souillac, croisant notre route vers Meyronne, puis est revenu à Payrac par la D820. Résultat des courses, 25 à 30 km supplémentaires et pas des plus faciles ; moral : ne jamais vouloir se mesurer avec un enrouleur électrique et lever le nez de temps à autre ! Tout est bien qui finit bien et nous décampons rapidement vers notre base où nous arrivons trop tard pour l’apéritif, c’est en fait le plus frustrant de cette mésaventure. Les collectionneurs d’exploits pourront inscrire sur leurs tablettes : 100 km et 750 m de dénivelée.
Yolande et Nicole, tombées en pâmoison devant les splendeurs naturelles et picturales de Pech-Merle n’ont pas eu le temps de venir à Rocamadour, par contre, Frère Jacques, par des sentiers détournés a conduit ses ouailles dans la chapelle haute du village pour assister à une homélie sur la repentance psalmodiée par une mystique bigote devant un parterre de calotins incrédules (peut-être est-ce un pléonasme ?). Il m’a semblé voir une lueur d’extase dans leur regard angélique et un air entendu dans les yeux de leur guide. Ce sermon m’aurait apporté spiritualité et pardon, dixit Jacquou le Croquant, j’ai échappé au pire ! Tout le monde est donc en forme pour notre dernier dîner en terre lotoise. Ce soir nous allons au Lamparo, réservé par nos fêtards, hier lors de leur tournée nocturne. Ce grand restaurant, en taille seulement, est situé dans une rue très animée de la vieille ville. La terrasse est pleine, la salle du rez-de-chaussée lugubre mais celle du 1er étage plus accueillante. Le menu composé d’une entrée, d’un plat et d’une gâterie arrosée de l’inévitable malbec de Cahors est honorable, seules les moules, acheminées de Gironde en gabare par vent debout n’étaient pas fameuses, j’aurais du suivre les conseils avisés de notre spécialiste es-coquillages, Bernard-l’ermite. Une dégustation de quetsche d’Andlau à 45° aidera certainement à la digestion ou à un sommeil réparateur, en tout état de cause, elle nettoiera les tuyauteries encombrées de certains.
    Démobilisés par une météo maussade, nous avons rangé nos vélos dans leurs housses rouges au fond du camion de Bruno à Payrac et ce matin, personne ne paraît décidé à changer d’avis, pourtant le temps, bien que grisâtre, est doux et sec. En conséquence, la balade sans difficultés le long des méandres du Lot en aval de Cahors est annulée, d’ailleurs Claude et Nicole sont déjà dans les starting-blocks.
Après le petit-déjeuner et l’inventaire des chalets, nous nous saluons en nous fixant rendez-vous à Ganges, dans l’après-midi pour la récupération du matériel. Avec un coup d’œil distrait sur la carte et quelques conseils, les Revel ont filé vers leur vallée chérie. Les Barral et le Gougeon passeront à Millau pour frétiller dans le salon de la nature. Les Bresson et les Fontcuberta, alléchés par le récit savoureux de la balade albigeoise des Saint-Jeanais, iront visiter la magnifique cathédrale de la capitale tarnaise et déguster un cassoulet. Les Gardin et les Bottini visiteront le superbe site d’Autoire et mangeront sur le pouce à Figeac.

Comme l’indique le titre de cette escapade, le Lot fut une découverte pour tout le monde ou presque. J’ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ces jolis paysages, à admirer la magnifique et riche architecture du Quercy, la tranquillité, la propreté des villes, des villages et de la campagne. J’espère qu’il en est de même pour toutes les participantes et tous les participants à ce séjour et que nous y retournerons pour d’autres découvertes car il doit bien y avoir quelques beaux raidillons dans ces belles collines et pourquoi pas un col à ajouter au palmarès des collectionneurs !
cc-gangeois@ffct.org
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